Lorsqu’elle a été tournée en Afghanistan juste avant la prise de pouvoir des Talibans en 2021, le premier film poignant de Najiba Noori met en lumière la transformation personnelle d’une femme, tout en reflétant le désarroi d’une nation. À 13 ans, la mère de Noori, Hawa, a été mariée à un homme de 30 ans son aîné. Maintenant que ses enfants sont adultes, elle peut enfin poursuivre son rêve : apprendre à lire et écrire, et ouvrir sa propre entreprise de textiles. Bien qu’elle bénéficie du soutien de sa famille, ses espoirs sont teintés de mélancolie ; des lois encore plus sévères sur les droits des femmes afghanes ne tarderont pas à être établies.
Pendant cette accalmie avant la tempête, la caméra de Noori se fait le témoin d’un dialogue intergénérationnel. Hawa, avec une franchise désarmante, évoque sa vie maritale malheureuse et son ancien désir de fuir avec un autre homme. Le cycle se perpétue tragiquement avec Zahra, la petite-fille de Hawa et nièce de Noori. En quête d’un refuge au sein de la famille Noori après avoir fui le village de son père, elle aspire à reprendre ses études. Une séquence particulièrement touchante montre Zahra et Hawa partageant un tableau blanc, s’exerçant à l’orthographe. Leur bonheur est cependant de très courte durée ; alors que les Talibans se rapprochent, Zahra est renvoyée chez son père pour sa protection. Finalement, elle se voit contrainte de se marier, rappelant le sort subi par Hawa dans sa jeunesse.
Tout au long de ce film touchant, les moments d’avancée et de recul se heurtent souvent. Hawa se rend dans des villes éloignées pour des recherches commerciales alors que les nouvelles sur la destruction apportée par les Talibans inondent les écrans de télévision et les ondes radio. Face aux menaces pesant sur la liberté de mouvement des femmes, il est frappant de constater que Noori puisse continuer à filmer en Afghanistan même après avoir quitté le pays, grâce à son frère et co-directeur Rasul Noori, qui prend la relève derrière la caméra et lui envoie les images via internet. Bien que la famille Noori ait pu se retrouver en France, le film offre un aperçu saisissant des souffrances de ceux restés sur place et de leurs avenirs incertains.
Points à retenir
- Le parcours de Hawa illustre le combat pour l’éducation des femmes en Afghanistan.
- Le film aborde les thèmes du mariage forcé et de la quête de liberté.
- L’impact du contexte politique sur la vie quotidienne des femmes est central.
- Le rôle de la famille dans le soutien aux aspirations personnelles est significatif.
- Le partage intergénérationnel souligne la continuité des luttes féminines.
À travers ce récit, nous sommes confrontés à une réalité complexe où le développement personnel s’entrelace avec le parcours chaotique d’un pays. Il est essentiel de réfléchir à la résilience humaine face aux adversités et à l’importance de l’éducation comme levier de transformation sociale. La question se pose : comment les histoires individuelles peuvent-elles éclairer la lutte collective pour les droits et la dignité des femmes à travers le monde ?
