Dirigé par le réalisateur autodidacte Asurf Oluseyi et produit par le rappeur Burna Boy, ce thriller nigérian insuffle une énergie digne de Tarantino sur le corridor Abidjan-Lagos. L’intrigue met en avant une quête de vengeance féminine, après que les trois protagonistes tombent entre les griffes de trafiquants d’êtres humains. L’histoire commence comme un récit très stylisé, divisé en chapitres aux titres jaune vif évoquant “Kill Bill”. Bien que l’exposition soit parfois confuse et que certaines mises en scène manquent de stabilité, cette aventure transfrontalière réussit globalement à captiver le public.
Janice (Amelie Mbaye), ancienne travailleuse du sexe, narre à un journaliste l’histoire de la triple menace qu’elle a prise sous son aile en 2002 : Fatouma (Fat Touré), une Ivoirienne piégée par son pasteur qui lui promet un contrat de football à Paris ; Esosa (Osas Ighodaro), une Nigériane dupée par son oncle (le vénérable Wale Ojo) et introduite clandestinement à Abidjan ; et Giselle (Maud Guerard), une jeune fille sujette à des possessions surnaturelles, vendue par sa grand-mère à un chef local. Après que leur proxénète soit tué lors d’un raid policier, le trio réapparaît 16 ans plus tard sous la forme de braqueuses redoutables, enrichies d’un réseau d’assistants peu scrupuleux. Janice se joint à leur plan : enlever les trois malfrats qui les avaient capturées en 2002 pour se venger.
Sautant entre trois périodes temporelles et avec un récit haché, l’introduction peut être difficile à suivre, Oluseyi ayant tendance à passer rapidement sur des événements cruciaux. Les trois personnages principaux, bien qu’incarnés par des actrices talentueuses, demeurent peu différenciés, chacun étant réduit à des traits généraux : Fatouma, lieutenant légendaire d’un général d’armée corrompu, dont les actions sont illustrées par une animation dans le style de “Kill Bill” ; Giselle, dont les crises sont marquées par des possessions ; et Esosa, la seule anglophone du groupe. Une caractérisation plus complexe aurait permis aux personnages de dépasser les stéréotypes habituels.
Cependant, le film, dynamique et bien filmé, transcende ces défauts, porté par une connaissance intimiste des manigances des villes frontalières. On ressent une certaine jouissance à dépeindre des échanges périphériques –comme les employés d’hôtel licenciés qui viennent confronter leur patron– avec une verve presque palpable. On pourrait hésiter à qualifier “3 Cold Dishes” de film féministe, mais la scène de confrontation, plus intense que beaucoup d’autres moments du film, dégage un nihilisme saisissant. Associé à cet élan multilingue rappelant l’esprit de frontière, c’est un signe prometteur pour les nouvelles tendances du cinéma africain mainstream.
Points à retenir
- Le film aborde des thématiques de vengeance et de résilience face à l’oppression.
- Les personnages principaux représentent une diversité des expériences féminines en Afrique.
- Le style narratif, bien que haché, est empreint d’une esthétique visuelle forte.
- L’œuvre met en lumière les réalités sombres du trafic humain tout en offrant une perspective d’espoir.
- Le mélange de cultures et de langues dans le film souligne la richesse du continent africain.
La complexité des portraits de femmes dans le cinéma contemporain mérite une réflexion plus approfondie. Ces héroïnes, à la croisée de différentes luttes, nous invitent à repenser l’équilibre entre force et vulnérabilité. À travers leurs récits, il est essentiel de considérer non seulement leurs traumatismes, mais aussi leur cheminement vers la réappropriation de leur destin. Cette évolution pourrait-elle être le miroir d’une société en quête de renouveau ? Le cinéma comme vecteur de changement semble avoir encore beaucoup à offrir.
