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Lettre à mon anxiété

Par Clémentine Courdi, résidente de Saint-Bruno-de-Montarville

J’ai toujours vécu avec mon anxiété. J’ai grandi avec elle, comme une amie à mes côtés, mais aussi un boulet à tirer. J’ai eu la chance de grandir avec des parents qui comprenaient et qui m’ont outillée, appris à vivre avec l’anxieuse en moi. Maintenant à 21 ans, je connais de mieux en mieux mieux cette partie de moi, l’anxiété qui prend parfois le dessus et me submerge. L’anxiété que je ne peux pas ignorer, mais qui ne me définit pas comme personne. Aujourd’hui, je lui fais face dans cette lettre, de moi à l’anxiété qui m’habite.

On se connait bien toi et moi. Ça fait tellement longtemps que tu es là en fait, que je ne me souviens pas, je ne sais pas c’est quoi la vie sans toi. Tu m’as fait la vie dure : je t’ai haïe, j’ai voulu que tu disparaisses, je t’ai ignorée en espérant t’oublier. Rien à faire : tu es là pour rester. Ça m’a pris du temps, mais je commence à comprendre que tu seras toujours là. Que tu fais partie de moi. Et je ne vais pas passer ma vie à te faire la guerre, parce qu’au bout du compte, je ne suis pas gagnante. Ce que je veux, c’est juste qu’on cohabite en paix. Parce que tu sais, tu as de bons petits côtés : je te dois probablement mes plus grandes réussites, de mon efficacité au travail à mes bonnes notes à l’école. Sauf que tu peux pas prendre toute la place. J’existe, moi aussi, et des fois j’ai besoin d’une pause. Va dormir, prends des vacances, et laisse-moi tranquille! Je sais, je sais, ça sert à rien de te repousser : tu vas juste vouloir revenir plus vite, plus forte. Je l’ai appris à mes dépens : insomnie, accès hyperphagiques, déprime, migraines, crises de panique. Si je t’ignore, tu me le fais payer. Cher. Donc je l’admets : tu fais partie de moi. Et des fois, je dois te laisser t’exprimer un peu. En même temps, je commence à connaitre tes trucs. Je sais comment te ramener, te calmer, te faire t’asseoir et prendre une grande respiration. Enfin, je sais, mais ça ne t’empêche pas de gagner souvent quand même. C’est normal : tu as grandi avec moi, et pendant des années je t’ai nourrie, fortifiée, en oubliant que tu n’étais pas seule et que j’étais là, moi aussi. Je travaille là-dessus maintenant : l’équilibre.

Un guide dans la nuit – Zacharie Beaudoin – photographe Longueuillois

J’ai arrêté de combattre. Tu peux rester. Je t’ai à l’œil par contre! On est en négociations, et je reste sur ma position. Tu peux pas faire ce que tu veux. Essayer de plaire à tout le monde, d’en faire toujours plus, de te démarquer : c’est pas toujours possible. J’ai besoin de m’occuper de moi, de dormir, de bouger, de bien manger. De prendre du temps pour faire ce que j’aime. Pour passer du temps avec ceux que j’aime. Même si c’est pas productif. Même si j’aurais des choses « plus importantes » à faire. Parce que si je te laisse toujours gagner, je passe à côté de ma vie. Je peux pas te faire disparaitre, mais j’ai pas besoin de te laisser contrôler mon existence. Tu fais partie de moi, oui, mais je suis tellement plus que ça.

Tellement plus que toi.

Clémentine Courdi

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