Chronique d'Yvan Parent

Quand je fais un retour en arrière, je réalise que vivre intensément est une drogue dont je ne peux me passer. Je déteste les journées vécues sans défi, sans risque, sans peur. J’aime m’engager dans toutes sortes d’avenues malgré les misères que j’impose à mon entourage. Très tôt, je fais souffrir ma mère. Je défie ses interdits.

Elle est belle, intelligente, pleine d’énergie et l’avenir lui lance un clin d’œil, lui offrant une réussite assurée. Aujourd’hui, elle promène ses dix-huit ans et s’attire les regards de toute la gent masculine.

Pour la première fois, l’horloge vient de sonner soixante-seize coups. Je me sens privilégié d’être en bonne santé et d’accompagner les 40% qui vivent au-delà de 70 ans. Je profite d’une bonne source d’énergie qui m’aide à accomplir les tâches que j’assume depuis plusieurs années. Marié depuis bientôt un demi-siècle, j’entrevois le futur avec sérénité malgré les avatars que nous apporte l’imprévisible prolongement de la vie. Ce mariage d’amour m’a permis de quintupler ma confiance et d’atteindre à des réalisations souhaitables mais impensables au moment de convoler avec mon Élue.

Lorsque je plonge au plus profond de mon être, j’ai le souvenir d’avoir été obnubilé tout au long de ma vie par la présence des femmes. Chaque matin, durant la période précédant la fréquentation scolaire, j’occupe mon temps en me rendant chez le laitier pour passer du temps avec sa fille, elle aussi en mal de compagnie. Sous le regard complice des adultes, nous aimons écouler ensemble les longues heures de la journée.

Un jour, c’est la femme du laitier qui, pour une rare fois, traverse la rue pour venir faire jasette avec ma mère. Durant la discussion, elle se rend aux toilettes, mais pour ne pas arrêter la conversation, elle laisse la porte entr’ouverte. De ma chambre, j’entends ce bruit particulier lorsqu’on soulage sa vessie. Je sens que je me suis faufilé dans son intimité. Je suis troublé par les pensées qui défilent dans ma tête. Une entre autres où je voudrais être à ses côtés et l’observer dans cet état vulnérable. C’est la naissance de mon premier désir sexuel pour une jolie dame. Ce moment me trouble mais j’en suis ravi.

Le temps passe mais il y a toujours une fille qui s’introduit dans ma vie. Ce sont toutes de jolies filles. Je ne comprends pas car je n’ai pas le look du séducteur. Je le regrette car j’aime m’amuser en si belle compagnie. Faut dire que mon éducation porte plus sur l’Église que sur les filles. La culpabilité, le paratonnerre de nos mères, me fait vivre l’enfer pour mes besoins réprimés.

En plaçant sur ma route des Belles pour m’éviter les écueils d’une vie ennuyante, les misères d’une vie sans défi et la douleur de l’isolement, la magie du destin me comble et me permet de vivre des moments inoubliables. Le plus épeurant, éprouvant mais électrisant, c’est ma capacité de partager mon vécu avec celle qui s’endort à mes côtés. Au lieu de m’éloigner d’elle, ces révélations au quotidien me font vivre un haut degré de communication. Ces instants de rapprochement insoupçonnés font fondre mes peurs et me font apprécier cette vie magnifique que je voudrais éternelle.

Encore aujourd’hui je m’enthousiasme devant une jeune femme dans la fin trentaine. Je veux la connaître, m’entretenir avec elle, mais au contraire d’hier, je sens le poids des années. Je l’ai charmée comme elle me dit mais le long parcours de ma vie ne me permet plus d’entretenir une relation aussi intense qu’autrefois. Cet esprit de séduction qui continue de survivre en moi m’attire vers des horizons du passé mais qui maintenant appartiennent à ceux et celles ayant beaucoup de temps devant eux.

Ce deuil très éprouvant s’inscrit à la suite de tous les autres qui ont parsemé ma vie. Je prends de plus en plus conscience que mon temps achève et c’est avec beaucoup de peine qu’il faut me soumettre à la loi de la vie inscrite au moment de ma naissance. Je suis content de ma conception; il faut me préparer à accepter l’inéluctable, l’indiscutable et l’inévitable fin d’une vie qui jusqu’à présent m’a choyé, gâté, et comblé. Je la goutte toujours au quotidien avec celle qui remplit ma vie. Une vie qui n’est pas toujours facile mais enivrante et remplie de moments inoubliables.

Merci mon Amour!

Je suis un fumeur anonyme, car après trois ans sans fumer je me suis risqué à prendre une cigarette. Elle fut de trop. Toute ma vie, je resterai un fumeur.

J’ai fumé de neuf ans à soixante ans. Il y a trois ans, j’ai subi deux pontages. Les hommes dans ma famille ont des problèmes avec les artères tandis que les filles ont des problèmes avec le foie. Depuis l’âge de 30 ans, j’ai pratiqué toutes les diètes à la mode, parfois suivi par un médecin. J’ai aussi fait l’expérience d’un jeûne de dix jours. À mes soixante- quinze ans, j’ai décidé de ne plus manger de «chips» pour le restant de mes jours. Les «chips» me rendent trop vulnérable. Je peux dire que c’est beaucoup plus facile de m’en abstenir en prenant conscience de mes émotions que ce le fut d’arrêter la cigarette en me servant uniquement de ma volonté.

Ce matin, installé à la caisse d’un des dépanneurs de mon fils, je constate que nos clients sont en majorité des fumeurs. En jasant, je me rends compte qu’ils veulent tous arrêter de fumer mais qu’ils ont peur d’échouer. Ils entrevoient cette décision comme une épreuve difficile et surtout douloureuse. Plusieurs se sont essayés dans le passé, mais le deuil de la cigarette fut trop grand. L’échec a eu, pour plusieurs, une incidence sur leur estime de soi. La culpabilité s’est emparée d’eux. D’autres en diminuant l’importance de leur échec se reprendront plus tard.

Je leur propose mes petites pilules rouges qui permettent d’arrêter de fumer instantanément sans souffrance. Elles n’ont aucun effet secondaire. Ils voudraient bien y croire, mais ils sont, avec raison, très sceptiques. Je les informe que ce sont de petites pilules de volonté. Pour arrêter de fumer, il faut vraiment vouloir arrêter non pas simplement essayer. Il en est de même avec le surplus de poids. Il faut s’en tenir à la nourriture essentielle, rester sur notre appétit, bannir les extras non nécessaires nous poussant vers l’obésité et affectant grandement notre qualité de vie.

Mes choix de vie pour une meilleure santé et une plus grande qualité de vie furent pendant longtemps basés uniquement sur ma volonté avec des situations parfois très conflictuelles. Maintenant je fais appel à mes émotions. Écouter mes émotions est un atout précieux et un guide efficace pour prendre des décisions.

Dernièrement le hasard m’a permis de mettre la main sur un document écrit par Mike Fink, Master en Psychologie de Yale University, http://www.arreterde-fumer.com/. Je crois vraiment que l’aspect psychologique est la pierre angulaire de tout changement dans notre vie que ce soit pour la cigarette, pour la nourriture, pour la boisson ou tout autre changement. Je me souviens dans ma vie d’enseignant d’avoir dîné à 12h certaines années et à 11h d’autres années. Pourquoi lorsque le dîner était à 11h, j’avais faim à 11h et quand c’était à midi, j’avais faim à midi. C’est le psychologique
qui entre en cause. Le physique suit.

Comme le dit Fink, l’inconscient doit être en harmonie avec le conscient sinon, c’est la pagaille et sûrement la douleur qui suit. Pour certain ce sera la déprime, particulièrement pour ceux et celles dont l’organisme est plus vulnérable à des changements non désirés mais qu’ils trouvent nécessaires. Fink propose l’hypnose et la rend très accessible. Un sportif parlera de visualiser la situation pour la rendre conforme à ce qu’il doit faire et ainsi éviter les tiraillements. Le Curé parlera de méditation. Le motivateur nous incitera à vivre le moment présent. Le psychologue nous dira d’avoir les deux
pieds sur terre pour vivre dans l’harmonie avec nos émotions.

La décision doit suivre la recherche de l’harmonie et non la précéder.

Aujourd’hui, l’honneur que je reçois à l’occasion de la Journée internationale de l’homme par l’Association des retraités de l’enseignement du Québec (ARECQ) secteur Vieux-Longueuil souligne mon engagement consacré depuis cinq ans au journal Point Sud.

Édition PDF du 14 mai

14 mai 2013-1

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