Comparaison erronée
Là où le bât blesse cependant, c’est la comparaison erronée, tant du point de vue social qu’historique, qui a été faite avec les casseroles du Chili.
Des médias ont en effet rapporté que le professeur de sciences politiques du Cégep de Saint-Hyacinthe, M. François-Olivier Chené, a lancé sur Facebook que «la contestation des casseroles vient du Chili à l’époque où le pays était sous la dictature d’Augusto Pinochet (…) et que bien sûr, on est loin d’être dans une dictature ici, mais cette loi 78 fait un pas dans cette mauvaise direction» (Agence QMI).
C’est bien d’avoir fait la distinction, mais il y a erreur sur la personne. Comme le rapportait La Presse samedi dernier, ce n’est pas contre Pinochet que les casseroles on sonné au Chili en 1971, mais contre le président socialiste Salvador Allende.
Citant une Québécoise d’origine chilienne ayant fui le régime Pinochet et parlant sous le couvert de l’anonymat, le journal dit que le mouvement des casseroles a été initié par des partisanes de l’extrême-droite.
«Ces femmes sortaient dans la rue, couvertes de bijoux, pour protester contre Allende et les pénuries, alors que leurs réfrigérateurs étaient pleins à craquer de nourriture», a-t-elle raconté, s’expliquant mal la situation québécoise.
L’histoire du Canada
Pourtant, historiquement, il n’était pas nécessaire d’aller aussi loin qu’au Chili pour lancer le mouvement des casseroles, alors que l’histoire du Canada nous offre déjà une tradition plus pertinente et plus marquante.
Il y a d’abord l’Acadie qui a fait du tintamarre son outil de manifestation lors des festivités entourant l’anniversaire de la déportation de 1755. On associe leur célèbre tintamarre à une tradition du Moyen-Âge qui consistait à faire du bruit pour marquer des événements tristes ou joyeux. L'origine acadienne de cette manifestation est bien plus jeune, car elle ne date que depuis 1955, lors des fêtes du bicentenaire de la déportation des Acadiens.
On peut trouver une vingtaine de synonymes au tintamarre acadien: «barouf», «bastringue», «boucan», «brouhaha», «bruit», «cacophonie», «chahut», «charivari», «concert», «désordre», «dissonance», «foire», «potin», «raffut», «ramdam», «remue-ménage», «scandale», «tam-tam», «tapage», «tohu-bohu», «tumulte», «vacarme»...
Un charivari typiquement québécois
Et parlant de charivari, on pourrait dire que durant les troubles de 1837-38, les patriotes du Bas-Canada ont abondamment utilisé ce type de manifestations pour lutter contre l’establishment britannique
Selon l’historien Allan Greer, «dans la Vallée du Saint-Laurent, ce sont les pionniers français qui ont apporté avec eux la coutume du charivari: «Le ton carnavalesque et railleur des rassemblements, leur cadre nocturne, le vacarme, les masques et les costumes des participants, les longues processions dans les rues et leur caractère résolument public, tout cela rappelle des pratiques françaises qui remontent au Moyen Âge».
Il n’était donc pas nécessaire d’aller jusqu’au Chili pour inciter et motiver les manifestants québécois à se tourner vers une forme de manifestation essentiellement pacifique, laquelle rend maintenant caduque toute la section répressive de la loi 78.
Finalement, voici un clin d’œil à un tintamarre survenu à Saint-Lambert le 11 octobre 2008 par la grâce des Jeunes Patriotes du Québec qui avaient lancé ce message: «Venez accueillir Stephen Harper. Les Jeunes Patriotes du Québec vous invitent à un tintamarre à l'occasion de la visite de Stephen Harper dans la circonscription de Saint-Lambert. Rendez-vous le samedi 11 octobre 2008 dès 15 h 30 devant l'hôtel Sandman (…). Apportez vos drapeaux et vos vieilles casseroles».
Le professeur François-Olivier Chené n’a pas répondu à notre demande d’entrevue.











