C’est celle que les grands médias traitent en manchettes, surtout quand il s’agit du Globe and Mail, du National Post ou de Radio-Canada si ces derniers se retrouvent devant les tribunaux à l’occasion de grands scandales comme les commandites ou l’industrie de la construction.

C’est celle qui est protégée par des codes d’éthique, des conventions collectives et  surtout des ressources financières considérables pour se défendre devant les tribunaux.

***

De l’autre côté de cette planète se démène, vivote et tente de résister la p’tite liberté de presse.

C’est celle que l’on pratique dans la presse locale et régionale indépendante et dans certains hebdomadaires commerciaux.

C’est celle que l’on pratique avec la crainte constante de perdre des espaces publicitaires ou de tarir ses sources d’information.

C’est celle dont les sources d’information sont tellement proches, voire intimes, que le journalisme d’enquête est pratiquement impossible.

C’est celle pour laquelle il n’existe aucune Ma Chouette cachée derrière son bureau, un bureau souvent occupé par des personnages publics qui tiennent à leur réputation.

***

Présentement, les lois québécoises ne peuvent rien faire pour protéger la p’tite liberté de presse.

Même les grands médias qui pratiquent la grande liberté de presse sont sujets à l’application d’une vieille doctrine issue de la Common Law britannique, concoctée en 1904 dans un contexte de droit criminel par le juriste américain John Henry Wigmore.

La doctrine Wigmore a été appliquée par la Cour suprême du Canada en 1986 dans le cadre d’un procès pour meurtre. Le témoignage d’un prêtre ayant reçu une confidence concernant ce crime a été admis en preuve.

Faute d’une législation adéquate en faveur de la protection des sources journalistiques, les tribunaux canadiens sont encore à la remorque de cette doctrine antique. Dans l’affaire Ma Chouette, les juges de la Cour suprême ont à l’unanimité intégré cette doctrine au Droit civil québécois.

Aux États-Unis plus d’une trentaine d’États et dans le monde plusieurs pays démocratiques ont légiféré pour accorder une protection légale étendue aux sources confidentielles. En Suède ce droit est inscrit dans la constitution.

« Tu n’as pas choisi ta cause Maurice », m’a dit l’autre jour un bonze du journalisme québécois.

C’est vrai : après 50 ans de métier c’est la cause qui m’est tombée dessus. Mais avec beaucoup de courage et de solidarité ne pourrait-t-on pas faire avancer notre société?

 

Maurice Giroux

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